Symposium européen et visite de terrain à Strasbourg autour des salles de consommation à moindre risque

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Strasbourg, France, 3-4 avril 2019 – Quelque 200 personnes ont participé au symposium européen sur « Les Salles de Consommation à Moindre Risque en Europe – évaluation et perspectives » co-organisé par l’Efus, la ville de Strasbourg, l’association Ithaque et la MILDECA au Parlement européen, les 3 et 4 avril. La rencontre a réuni des élus, des représentants d’institutions internationales et nationales, des acteurs locaux de la santé et de la sécurité, des médecins et des infirmières, des travailleurs sociaux, des policiers et des chercheurs d’Europe et d’autres régions du monde. Au programme de cette rencontre : les politiques locales de réduction des risques et le rôle que peuvent jouer les Salles de Consommation à Moindre Risque (SCMR) dans la protection des droits fondamentaux et en faveur de la santé publique, de la sécurité et de la cohésion sociale au niveau local.

 


Des discussions denses sur le développement des politiques de réduction des risques et sur les SCMR en Europe et au-delà

Le colloque a été ouvert par le maire de cette ville, Roland Ries, et le président de l’Efus, Willy Demeyer. Ils ont tous deux souligné l’importance de continuer à développer des stratégies équilibrées pour réduire les risques posés par les comportements addictifs. Ces stratégies doivent, ont-ils dit, combiner des mesures préventives pour améliorer la santé publique, la répression contre les actes et les réseaux criminels, et des actions innovantes pour favoriser la cohésion sociale et la tranquillité publique (voir le message vidéo de Willy Demeyer).

« La consommation de drogue sur l’espace public peut avoir de nombreux impacts négatifs en terme de qualité de vie des riverains et des usagers de l’espace public et tout cela doit être apaisé, » a déclaré M. Demeyer en soulignant que ceci demande une politique « alliant prévention et lorsque nécessaire répression » afin de préserver la tranquillité publique.
Les représentants d’une vingtaine de villes et d’organisations de la société civile ont ensuite partagé leur expérience d’implantation et de gestion d’une SCMR. Parmi les intervenants figuraient notamment les représentants des villes de Berne (Suisse) et Francfort (Allemagne), qui gèrent des SCMR depuis une trentaine d’années, de Paris (France) et Liège (Belgique), qui ont récemment ouvert une salle, et d’Athènes (Grèce) et Ljubljana (Slovénie) qui projettent de le faire à court terme.


> Les SCMR comme outil clé pour la protection des droits humains et la promotion de la santé publique, de la sécurité et de la cohésion sociale

Les discussions ont mis en lumière l’impact positif et le potentiel des SCMR, mais aussi les difficultés rencontrées par les municipalités. Ainsi, Dagmar Hedrich (Observatoire européen des drogues et des toxicomanies, OEDT) et Denis Huber (du Groupe Pompidou, la plateforme de coopération en matière de politique de drogue du Conseil de l’Europe) ont souligné que les SCMR sont un outil clé pour améliorer l’accès des usagers de drogue aux services de santé basiques et réduire la mortalité précoce et qu’ils jouent dans ce sens un rôle important pour la protection des droits fondamentaux de ce groupe de population particulièrement vulnérable.

Ester Aranda (Barcelone) et Wolfgang Barth (Francfort) ont expliqué que les SCMR ont contribué à une meilleure gestion des comportements addictifs et de la consommation en public, ce qui a amélioré la qualité des espaces publics et la tranquillité en ville.
Elisabeth Avril (Paris) et Ricardo Fuertes (Lisbonne) sont pour leur part intervenus sur le thème des conflits avec les habitants des quartiers où sont implantées les SCMR et sur les mesures qu’il est possible de prendre pour les inclure au processus d’implantation et de gestion de ces SCMR.

En conclusion, Alexandre Feltz, maire-adjoint de Strasbourg en charge de la santé publique, a souligné qu’il est nécessaire, pour que l’implantation et la gestion d’une SCMR fonctionnent bien, d’avoir le soutien d’un large réseau d’acteurs du monde politique, de la société civile et du secteur privé. Il a appelé tous les participants à préserver la dynamique engagée par le projet SOLIDIFY afin de rendre les villes européennes plus sûres et plus saines.

En marge du colloque, deux informations importantes ont été partagées sur le développement de services de réduction des risques en France : Patrick Padovani, maire adjoint de Marseille, a annoncé l’ouverture d’une salle de consommation dans sa ville à l’automne 2019. Ce sera la troisième SCMR en France après celles de Paris et Strasbourg. Par ailleurs, l’association Ithaque a annoncé l’ouverture d’un lieu d’hébergement pour les consommateurs de drogue les plus vulnérables pour l’hiver prochain.


> L’exemple de Strasbourg : leadership politique et coopération multi-partenariale au niveau local

Le colloque a été suivi d’une visite de terrain à  Argos, la Salle de Consommation à Moindre Risque de Strasbourg. Dans ce lieu sûr, les usagers peuvent s’injecter ou fumer des drogues illicites et bénéficier d’une gamme de services de réduction des risques et de santé afin d’améliorer leur qualité de vie.

Accompagnés du maire adjoint de Strasbourg, Alexandre Feltz, et des directeurs de l’association Ithaque en charge de la SCMR, Danièle Bader et Gauthier Waeckerle, les partenaires du projet SOLIDIFY ont visité la salle de consommation et discuté avec les infirmières et travailleurs sociaux présents sur place. Ils ont également participé à une table ronde avec des représentants du centre de jeunesse local, du service de prévention de la criminalité urbaine et de la direction départementale de la sécurité publique, qui coopèrent pour favoriser l’acceptation par le public du dispositif et pour gérer les conflits et tensions qui peuvent émerger.


> Le projet SOLIDIFY : une plateforme d’échange et de coopération au niveau local

Le projet SOLIDIFY, mené par l’Efus de janvier 2018 à décembre 2019, apporte aux municipalités et organisations de la société civile une plateforme d’échange sur les difficultés et les avancées liées à l’implantation d’une SCMR.

Le projet a organisé des audits locaux à Liège et Bruxelles (BE), Mannheim et Augsbourg (DE), et Lisbonne (PT), ainsi que des visites d’étude à Barcelone (ES), La Haye (NL), Essen (DE) et maintenant Strasbourg (FR). Il a aussi accompagné Liège pour l’ouverture de la première SCMR de Belgique et Augsbourg, qui a ouvert une salle de consommation d’alcool. À présent, le projet accompagne les villes de Lisbonne, Mannheim et Bruxelles en vue de l’ouverture prochaine de leur première SCMR.

Des experts de l’Université des Sciences Appliquées de Francfort et par l’ONG basée à Amsterdam Correlation Network accompagnent le projet. Soutenu par l’OEDT, SOLIDIFY est co-financé par le programme Justice de l’Union européenne.


>>> Plus d’informations sur le projet Solidify