Intégration : Heroes, un « modèle » allemand

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Le Journal des Maires de France publie, dans son numéro de septembre,  un article sur la visite de terrain du programme de prévention  « Heroes “Against oppression in the name of honor” (contre la répression au nom de l’honneur)  » organisée lors de l’Assemblée générale du Forum en juin 2019 à Augsbourg. 


> Une vingtaine d’élus ont suivi ce projet qui amène des adolescents à réfléchir à la culture patriarcale, un « programme transposable » en France.

« Jawad, où est ta soeur ? Comment ça, tu ne sais pas où elle est ? ! … ». Dans cette salle de classe de Augsbourg, en Bavière, deux jeunes jouent le rôle du père et du fils dans une famille turque. Le jeu de rôle doit amener les adolescents à réfléchir sur la culture de l’honneur et la place des femmes dans la société où ils vivent.

La réflexion est dirigée par deux jeunes animateurs de 20 ans, eux-mêmes issus de l’immigration. Ils ont été formés pendant un an dans le cadre du programme de prévention «Heroes “Against oppression in the name of honor” (contre la répression au nom de l’honneur) ». Une vingtaine d’élu.es et employé.es de communes et régions européennes ont rencontré, en juin dernier, des animateurs de ce projet, lors d’une conférence du Forum européen pour la sécurité urbaine (Efus). Le projet est remarquable, estime Sébastien Viano, directeur Europe de la métropole Nice Côte d’Azur, « car ils travaillent avec une méthode qui a un véritable impact sur le terrain » : les jeunes animateurs sont eux-mêmes issus du milieu des adolescents à qui ils parlent ; ils « peuvent être des modèles pour eux ». En outre, « ils sont formés et intégrés sur la durée au programme ».


> « D’égaux à égaux »

Pour l’adjoint au maire de Augsbourg chargé de la sécurité, santé et sport, Dirk Wurm, c’est ce dialogue direct « d’égaux à égaux» qui suscite l’intérêt de la commune pour ce programme lancé en 2012 dans sa ville mais inspiré d’un projet berlinois.

Né en 2007 dans la capitale allemande, « Heroes » a désormais essaimé dans une dizaine d’autres villes allemandes. L’idée est de créer un dialogue avec les jeunes issus de l’immigration, ou aujourd’hui de jeunes réfugiés, écartelés entre les exigences d’une culture patriarcale et les attentes de la société allemande. « Ce sont des problématiques que nous connaissons aussi chez nous », note David Tounkara, adjoint au maire de Vaulx-en-Velin (69) pour la sécurité, la prévention et la tranquillité publique, « même si la démarche ne peut pas être reproduite complètement à l’identique, elle donne de l’inspiration ».

La visite a aussi passionné Isabelle Martinez, chargée de mission pour la prévention de la délinquance à Toulouse métropole (31) : « Les animateurs sont vraiment des jeunes qui parlent de la même manière que ceux à qui ils s’adressent, qui sont passés par les mêmes chemins et ont eux-mêmes changé de perception dans le cadre du programme. » Selon elle, « c’est définitivement une approche reproductible chez nous. »

Lors de la déclaration adoptée à l’assemblée générale de l’Efus à Augsbourg, les élus ont recommandé d’inscrire à l’agenda sécuritaire européen la prévention au sens large.

Nathalie Steiwer 

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