« Notre engagement est de créer une société inclusive et tolérante » – Un entretien avec la maire de Setúbal, Maria Das Dores Meira

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Maria das Dores MeiraLa maire de la ville portugaise de Setúbal évoque les actions entreprises dans sa municipalité pour favoriser l’intégration des communautés immigrées.

Quelles sont les caractéristiques de l’immigration à Setúbal ?

Maria Das Dores Meira : En raison de sa forte croissance industrielle au cours des dernières décennies, Setúbal a reçu un nombre important d’immigrés en provenance des anciennes colonies portugaises -Cap Vert, Angola et Timor-Est- et de certaines régions du pays comme l’Alentejo qui est proche. Plus récemment, des immigrants d’autres pays sont arrivés ici, notamment d’Amérique latine (Brésil en particulier) et d’Europe de l’Est. Aujourd’hui, environ 5% de la population de Setúbal (121 000 habitants) est étrangère, mais ce chiffre ne tient pas compte bien entendu de l’immigration clandestine. Nous avons aussi d’importantes communautés gitanes. Bien qu’il n’y ait pas de statistiques officielles, plusieurs études estiment que la population gitane de Setúbal est la troisième ou quatrième plus importante du pays.

 

La présence d’une population d’origine si variée pose-t-elle des problèmes de cohésion sociale ?

La gestion de la diversité est un défi. Notre engagement est de créer une société de cohésion, inclusive et tolérante et de développer un sentiment d’appartenance chez les habitants de Setúbal, quelle que soit leur origine. C’est un facteur important pour le développement économique, social et culturel de la ville.

 

Quelles pratiques avez-vous mis en place pour favoriser l’intégration sociale ?

Nous avons créé l’Office des Immigrants et des Minorités ethniques afin de construire un réseau entre les communautés immigrées et la police, le Service des Etrangers et des Frontières, l’Autorité pour les Conditions de Travail et les centres d’emploi et de santé. Cet Office fournit des informations sur la législation et les procédures administratives, sur les droits de l’homme, l’emploi, la santé, l’éducation, le logement, les associations, la culture et les loisirs. Cet organisme permet ainsi aux immigrants d’avoir accès à tout ceci. Son personnel est composé de gens d’origines diverses, ce qui donne confiance à la population immigrée et permet d’éliminer les barrières linguistiques et culturelles.

Comment répondez-vous au manque de participation sociale des immigrants et des minorités ethniques ?

Afin de combattre les stéréotypes et le racisme, qui naissent le plus souvent de la méconnaissance de l’autre, de nombreux événements sont organisés avec les associations immigrées. Ils rassemblent les migrants et la population autochtone. Il s’agit par exemple de foires, d’expositions, de dégustations gastronomiques, de concerts, de débats… Nous fournissons aussi des espaces, par exemple notre Centre multiculturel où les associations et autres groupes informels peuvent se rassembler pour des activités culturelles, religieuses ou sportives. Tout ceci encourage des échanges positifs entre les gens, ce qui renforce les relations inter-culturelles et la cohésion sociale.

 

Parlez-vous de votre projet « Mediation inter-culturelle dans les services publics »

La « Mediation inter-culturelle dans les services publics » est un projet parmi d’autres mené conjointement avec le Haut Commissariat pour l’Immigration et le Dialogue inter-culturel. Il s’agit de promouvoir la cohésion sociale. Une équipe de médiateurs inter-culturels, dont une bonne part sont originaires de minorités ethniques, agissent comme relais pour l’accès aux services publics et aux ressources publiques et privées. Ils assistent aussi les personnes pour les aider à améliorer leurs qualifications individuelles. D’une façon plus générale, ils préviennent ou résolvent les conflits et font de la médiation.

 

Quelles améliorations avez-vous apportées aux conditions de vie des populations immigrées et au sentiment d’insécurité dans les quartiers ?

Le projet « Notre quartier, notre ville » mené dans cinq quartiers pour améliorer les conditions de vie a été un vrai succès. Il est fondamental de faire en sorte que les habitants se sentent responsables de leur quartier pour que leur perception du quartier change et qu’ils se sentent capables d’agir.

Ainsi, 222 interlocuteurs ont été élus pour représenter les quelque 7 000 habitants de 2 000 zones ensembles d’habitations. Ils font le relais entre la municipalité, les résidents et les autres institutions qui travaillent dans le quartier. Ensemble, ils ont vraiment transformé le paysage urbain. Les espaces publics ont été nettoyés, repeints et réhabilités. Ils aident aussi les jeunes avec des actions pédagogiques, de la formation et une aide à la recherche d’emploi. Ce programme a changé l’image et la visibilité des quartiers ; il a permis d’améliorer la vie en commun et a favorisé la participation active des habitants.

C’est la première fois qu’une action concertée entre la municipalité, les habitants et les institutions locales était menée dans ces quartiers. Il n’y avait jamais eu auparavant une telle participation citoyenne. Ce type de mouvement populaire est fondamental pour améliorer les conditions de vie. Cela a permis de renforcer le réseau social, de valoriser l’inter-culturalité et de réduire le sentiment d’insécurité. 

 

Février 2013.